Pour mieux comprendre la place qu’occupe le droit successoral dans le droit musulman, il faut le placer dans son contexte et en particulier dans le domaine connu, chez les juristes, sous le nom de statut personnel (al-ahwâl ash-shakhsiyya) qui organise le droit de la famille.
La thématique de la famille occupe une place décisive en Islam, c’est la raison pour laquelle les versets prescriptifs (ayât al-ahkâm)[1] qui en parlent sont nombreux dans le Coran. Dans le domaine législatif, le Coran ne va pas s’attarder sur les détails, mais plus sur les règles générales, sur les prescriptions majeures et leurs finalités.
C’est pourquoi, en matière de droit de la famille, le Coran détaille les règles relatives à la fondation de la famille, des fiançailles jusqu’à la période de viduité de l’épouse après le décès de son mari, en passant par le mariage, le divorce, les liens de parenté empêchant le mariage, l’allaitement, la garde des enfants, etc.
De même, dans le cadre de la fondation de la famille, le Coran a employé des termes spécifiques pour désigner les liens du mariage, ainsi il considère ce lien comme signe parmi les signes émanant de Dieu. Il détermine les modalités en définissant les règles qui établissent les structures familiales dans une société.
« Et parmi Ses signes, Il a créé de vous, pour vous, des épouses pour que vous viviez en tranquillité avec elles et Il a mis entre vous de l’affection et de la bonté. Il y a en cela des preuves pour des gens qui réfléchissent »[2]
﴿وَمِنْ ءَاَٰيتِهِۦٓ أَنْ خَلَقَ لَكُم مِّنْ أَنفُسِكُمْ أَزَْٰوجًۭا لِّتَسْكُنُوٓا۟ إِلَيْهَا وَجَعَلَ بَيْنَكُم مَّوَدَّةًۭ وَرَحْمَةً ۚ إِنَّ فِى َٰذلِكَ لَءَاَٰيتٍۢ لِّقَوْمٍۢ يَتَفَكَّرُونَ﴾
Le Coran présente la symbolique du mariage et du lien entre les époux comme d’un vêtement pour l’un et pour l’autre.
La symbolique associée à l’engagement du mariage est
« l’un est le vêtement de l’autre ». Le vêtement ayant pour fonction principale de protéger du froid, de la chaleur, de cacher les défauts et les parties intimes, etc.
« … elles sont un vêtement pour vous et vous êtes un vêtement pour elles »[3]
﴿هُنَّ لِبَاسٌۭ لَّكُمْ وَأَنتُمْ لِبَاسٌۭ لَّهُنَّ﴾
Pareillement, le Coran a qualifié l’engagement de l’un envers l’autre d’engagement solennel « mîthaqan ghalîzan ». Dieu dit : « Comment oseriez-vous le reprendre, après que l’union la plus intime vous a associés l’un à l’autre et qu’elle a obtenu de vous un engagement solennel ? »[4]
﴿وَكَيْفَ تَأْخُذُونَهُۥ وَقَدْ أَفْ ضَٰى بَعْضُكُمْ إِلَٰى بَعْضٍۢ وَأَخَذْنَ مِنكُم مِّيَٰثقًا غَلِيظًا﴾
C’est le même terme que Dieu a employé dans le Coran pour qualifier l’engagement des prophètes et des messagers envers Lui : « Lorsque Nous prîmes des prophètes leur engagement, de même que de toi, de Nûh (Noé), d’Ibrâhîm (Abraham), de Mûsâ (Moïse), et de ‘Isâ (Jésus), fils de Maryam (Marie) : et Nous avons pris d’eux un engagement solennel »[5]
﴿وَإِذْ أَخَذْنَا مِنَ النَّبِيِّينَ مِيثَاقَهُمْ وَمِنكَ وَمِن نُّوحٍ وَإِبْرَاهِيمَ وَمُوسَىٰ وَعِيسَى ابْنِ مَرْيَمَ ۖ وَأَخَذْنَا مِنْهُم مِّيثَاقًا غَلِيظًا﴾
Aussi, il n’est pas étonnant d’observer comment le Coran détaille et précise les parts de chacun dans le cadre de la succession ; la moitié pour untel, le quart pour untel, les deux tiers, le tiers, le sixième, le huitième, etc. Ainsi ces règles détaillées forment-elles dans leur ensemble le droit successoral musulman.
La thématique du droit musulman successoral soulève un certain nombre d’incompréhensions, notamment celles relatives aux droits des femmes. Pourquoi la part de l’héritage revenant à la femme est-elle moindre que celle de l’homme ? Y a-t-il une supériorité des hommes par rapport aux femmes ? Comment procède-t-on dans la répartition de l’héritage ?
Une avalanche de questions auxquelles nous avons tenté de répondre. Par ailleurs, nous espérons être parvenu à clarifier certaines idées reçues qui n’ont pas lieu d’être. Dans un premier temps, nous répondrons à la question de la répartition, qui pour certains, semble inégalitaire. Puis nous avons tenté de mettre en évidence les principes mêmes de l’héritage, en nous appuyant dans un troisième temps sur des cas précis. Enfin nous proposons aussi des exercices d’application afin que le lecteur puisse se faire une idée pragmatique dans ce domaine. Et Allah est le plus savant, Louange à Allah, le Seigneur des Univers.



